11.04.2009
Prochaine (19e) causerie
Jeudi 14 mai
À L'ALLIANCE FRANÇAISE
101 BOULEVARD RASPAIL, 75006 PARIS
MÉTRO N.D DES CHAMPS, ST PLACIDE
19 H (entrée payante : 4 euros)
Bernard Saladin d'Anglure
présentera
VERS JÉRUSALEM
(Le pèlerinage d’Ogier d’Anglure en Terre Sainte)
La " faute ", le " labyrinthe pénitentiel " et l’accès au " Paradis "
à propos de Vers Jérusalem de Nicolas de Martoni et Ogier d'Anglure, éditions Les Belles Lettres, coll. La roue à livres, 2008
Le manuscrit de la Bibliothèque nationale intitulé Journal contenant le voyage faict en Hierusalem et autres lieux de dévotion, tant en terre Saincte qu’en Ægypte par Ogier d’Anglure et Simon de Sarebruche, en l’année 1395, écrit à leur retour de Terre Sainte, l’été 1396, n’a été publié pour la première fois qu’en 1621, à Troyes par Noel Moreau dit le Coq, puis en 1838, 1858 et 1900. Pourquoi cette publication si tardive ? Quel était le but de ce pèlerinage entrepris un siècle après la fin des croisades (1291), en pleine guerre de Cent Ans (1337-1453) qui divisait la France ? Au milieu, aussi du Grand Schisme de l’Occident qui affaiblissait l’Église catholique (1378-1417) ?
Fils aîné d’Ogier VII d’Anglure et d’Isabelle de Châtillon, elle-même fille de Jean de Châtillon, Grand Maître de France (1350) et d’Isabelle de Montmorency, Ogier VIII (1360-1412) est apparenté par sa mère et par sa grand-mère paternelle, Marguerite de Conflans, aux plus grandes familles de l’époque ; il avait hérité de la charge d’avoué du Diocèse de Thérouanne, c’est-à-dire défenseur civil et militaire des droits des prélats de ce diocèse. Les d’Anglure ont été au service des derniers Capétiens et des Valois, et appréciés par eux. Plusieurs ont participé aux croisades dont Ogier 1er fait prisonnier par le sultan Saladin durant la 3e croisade. Selon la légende familiale le sultan le libéra à la condition de donner le nom de Saladin à l’un de ses fils et d’introduire des croissants dans ses armes. Mais pourquoi fallut-il attendre un siècle avant que ces conditions soient réalisées ? Et pourquoi la transmission aux fils aînés du lignage du prénom d’Ogier depuis plus de deux siècles s’arrête-t-elle après Ogier VIII ?
Un fragment de la Vraie-Croix était conservé dans un reliquaire au château d’Anglure, sans doute rapporté par Ogier 1er qui participa aussi à la 4e croisade (avec le pillage de Constantinople, une grande quantité de reliques fut introduite en Europe…) , ou par son arrière-petit-fils Ancel de Saint-Chéron-Anglure qui prit part aux dernières croisades de Louis IX. Cela explique-t-il l’insistance du récit à inventorier toutes les saintes reliques vues durant son voyage, et dont le commerce était très lucratif en cette fin de Moyen-Âge ?
La « faute » d’Ogier VIII apporte un intéressant éclairage sur ce pèlerinage et le récit qui en rend compte :
Marié à l’âge de 19 ans (1379), Ogier VIII perdit son père en 1383 et sans doute sa première épouse peu après. Ils n’avaient pas d’enfant. En février 1385, sa mère, douairière de la seigneurie d’Anglure se remaria avec Simon de Sarrebruck (qui accompagna Ogier VIII, son beau-fils, à Jérusalem) . Deux mois plus tard, le jour de Pâques, selon le témoignage d’Ogier, quatre de ses écuyers quittèrent le château de Thoult où il résidait, en lui disant qu’ils le rejoindraient le lendemain. Et voilà qu’au retour de la messe le lendemain, Ogier trouve une jeune femme dans sa chambre à coucher se réchauffant près du feu. Interrogée par lui, elle lui dit être Colette, femme de Jean le Dégourdi du village voisin de Jeanvillers; elle avait été amenée là par les écuyers du châtelain. Ogier la conduisit dans sa garde-robe où il abusa d’elle, puis il demanda à ses serviteurs de la restaurer. C’est alors qu’on entendit au-dehors les cris de la mère de Colette qui réclamait sa fille au seigneur du lieu. Ogier remit Colette à sa mère en affirmant d’un air de parfaite bonne foi qu’il ne la connaissait pas... Quatre ans plus tard, encouragée par sa mère et par son mari, Colette porta plainte devant la justice royale. L’affaire resta pendante durant deux années et se termina par une lettre de rémission du roi Charles VI à Ogier en 1391, en considération des services que ce chevalier et ses prédécesseurs lui avaient rendus à la guerre. Trois mois après le viol de Colette, Ogier rejoignit l’armée royale pour aller châtier les Gantois révoltés et leur reprendre la ville du Damme dont ils s’étaient emparés...
Civilement l’affaire était close, mais moralement et religieusement elle pesait sur l’honneur d’Ogier VIII et sur sa famille dont il était devenu le chef du nom et des armes. C’est vraisemblablement après la rémission royale de sa faute qu’il épousa en seconde noce Alix de Toucy. Elle lui donna trois fils (Étienne, Jean-Saladin et Antoine) et trois filles à compter de 1392. Le comble dans cette histoire, c’est qu’à peine devenue veuve d’Ogier, en 1412, cette même Alix fut surprise nuitamment dans son château de Vault-de-Lugny par Claude de Beauvoir seigneur de Chastellux (plus tard maréchal de France), qui l’épousa par la suite …
Le viol était puni civilement au Moyen Âge, mais la punition dépendait de la condition de la victime et de celle du coupable. Pour une victime d’humble condition la punition civile pouvait être pour le coupable d’avoir à lui verser une compensation monétaire, ou à sa famille. Mais les lettres de rémission n’étaient pas rares et un paiement monétaire aidait à les obtenir. Il y avait aussi des punitions religieuses qui variaient selon la gravité du crime et le statut du coupable. Plus le crime était grave et le statut du coupable élevé, plus la pénitence était importante. Dans un cas comme celui d’Ogier, le pèlerinage était une pénitence exemplaire. Celui qui conduisait à Jérusalem en était le modèle idéal, mais son coût le réservait à des gens riches et au statut élevé. Il y avait aussi le pèlerinage en des lieux de dévotion moins éloignés dans lequel se trouvait (souvent dans le lieu de culte lui-même comme à Chartres ou Saint-Quentin) un labyrinthe dessiné par des pierres de couleurs différentes au milieu de la nef d’une cathédrale. Il fallait parcourir à genoux les méandres tracés par les pierres en récitant psaumes et prières pour aboutir après plusieurs heures (sept pour le Labyrinthe de la cathédrale de Chartres), au centre du Labyrinthe appelé Jérusalem, ou le Paradis. Il faut se rappeler qu’au Moyen Âge on passait facilement du plan terrestre au plan céleste, ainsi en était-il de la Jérusalem terrestre à la Jérusalem céleste et du Paradis terrestre au Paradis céleste …La Jérusalem terrestre constituait le centre de la Terre, alors que le Paradis terrestre était situé au bout de l’Orient, mais au plan céleste ils ne formaient plus qu’un…
Au terme de son « labyrinthe » ou pèlerinage pénitentiel à Jérusalem, Ogier VIII achève son récit :
« La grâce de Notre Seigneur Jésus-Christ qui garde tous les chrétiens qui font et feront ce pèlerinage, ou qui l’ont fait, nous accorde à tous le Paradis. Amen… ».
10:08 Lien permanent | Commentaires (8) | Envoyer cette note
18.02.2009
Joute oratoire du 26 mars
VAS-Y PERROQUET, CAUSE !
jeudi 26 mars
à 19 h
à l'Alliance française
Le diable baise sa croupe !
Tant que nous sommes sous sa coupe,
Nous vivrons des temps de détresse.
Le diable baise ses fesses !
(John Skelton)
De petits vers qui se moquent du nombre de syllabes, des rimes semées à loisir, une poésie forte en gueule : tels sont ces skeltoniques, inventés par John Skelton (1460-1529), poète officiel d’Henri VIII, dont la postérité englobe jusqu’à Eminem, Kanye West et l’art de la rap battle !
Avec ou sans musique, en solo ou à plusieurs, venez vous affronter sur le thème de « Vas-y, Perroquet, cause ! », cri de guerre de chaque concurrent qui défie l’autre d’en dire plus et de le dire mieux ! Dire sur quoi ? La société, la politique, l’amour, l’art, le monde qui marche sur la tête. Dire tout et son contraire : le fou n’est pas le moins sensé. Alors, allez-y, Perroquets, feu à volonté !
Chaque concurrent devra citer les vers suivants :
T’es un mariolle ;
Va donc à l’école
Pour qu’on t’y cajole
Sur ton tabouret,
Pauvre niais ;
Et si jamais
Tu tapes sur un clou fort,
Le clou se tord !…
Avec la participation de Pierre Troullier, auteur de la traduction poétique de John Skelton parue chez Les Belles Lettes.
Pour plus de détails, consulter Vas-y, Perroquet, cause !, Les Belles Lettres, Le Miroir des Humanistes, 2008, et rendez-vous sur www.pierretroullier.com, rubrique Traduction.
06:48 Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note
18.01.2009
Dernière (18e) causerie
Jeudi 12 février
À 19 H
À L'ALLIANCE FRANÇAISE
101 BOULEVARD RASPAIL, 75006 PARIS
MÉTRO N.D DES CHAMPS, ST PLACIDE
Carmen Bernand, Élizabeth Burgos, Jacqueline Durand-Forest,
Brigitte Gauvin, César Itier
L’EXTERMINATION DES INDIENS D'AMÉRIQUE LATINE
Pierre Martyr d’Anghiera, confesseur d’Isabelle la Catholique, rencontra à la cour du roi d’Espagne les premiers conquérants des Amériques, depuis Christophe Colomb jusqu’à Cortès.
Dans les Décades du Nouveau Monde, il relata les exploits de ces conquistadors et évoqua crument la brutalité des traitements qu’ils firent subir aux Indiens du Nouveau Monde.
Cette causerie sera l’occasion de comparer le sort des populations des Caraïbes et des empires aztèque et inca, à partir des relations de Pierre Martyr.



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